Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. I La vérité
  3. II Enquête
  4. III Le rhapsode
  5. IV Nécropole
  6. V L’autre singe
  7. VI Des pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VII Routes difficiles
  10. VIII L’endroit de sa chute
  11. IX Contact
  12. X Soleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XI Le terrain de chasse
  15. XII En dessus et en dessous
  16. XIII L’enfant prophétique
  17. XIV Le Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XV Le prix à payer
  20. XVI Maintenant ou jamais
  21. XVII Délire
  22. XVIII La colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIX Un visage sans amis
  25. XX Pulsions
  26. XXI Ce désir-là
  27. XXII Le triomphe du Masque
  28. XXIII La traque
  29. XXIV Cabale
  30. XXV Reste avec moi
Document

Elle entendit le moteur de la voiture gémir et rugir au bout de la rue, puis il y eut un grincement de freins. Les Bons Samaritains allaient-ils revenir tenter leur chance ?

— Sheryl ? appela-t-elle. Où es-tu ?

La blague — si Sheryl ne s’était pas trompée et s’il s’agissait bien d’une blague — avait perdu tout son humour déjà bien contestable. Elle voulait retourner à la voiture et partir, regagner leur hôtel si nécessaire.

— Sheryl ? Tu es là ?

Il y eut un rire à l’intérieur de l’immeuble ; le rire de gorge de Sheryl. La soupçonnant d’être complice de cette farce douteuse, Lori franchit le seuil et partit en quête des plaisantins.

Le rire se fit à nouveau entendre, puis s’interrompit lorsque Sheryl dit : « Curtis », sur un ton d’indignation feinte qui dégénéra dans un nouveau rire idiot. Casanova était bien là. Lori avait à moitié envie de retourner dehors, de regagner sa voiture et de les laisserà leurs jeux stupides. Mais l’idée de passer la soirée en solitaire dans sa chambre d’hôtel et d’écouter les échos d’une nouvelle fête la décida à se lancer dans une course d’obstacles au milieu des meubles calcinés.

S’il n’y avait pas eu l’éclat du carrelage, qui reflétait la lumière venue de la rue sur le plafond aux poutres apparentes, elle n’aurait pas couru le risque d’avancer très loin. Mais elle apercevait vaguement la voûte à travers laquelle lui était parvenu le rire de Sheryl. Elle se dirigea vers cet endroit. On n’entendait plus aucun bruit. Ils épiaient le moindre de ses pas hésitants. Elle sentit leur présence furtive.

— Allez, les mecs, dit-elle. Assez rigolé. J’ai faim.

Il n’y eut aucune réponse. Derrière elle, dans la rue, elle entendit les Samaritains qui criaient. Il ne serait guère avisé de battre en retraite. Elle s’avança, passant sous la voûte.

Sa première pensée fut qu'il n’avait raconté qu'un demi-mensonge ; cet endroit était un restaurant. Son exploration l’avait conduite dans une cuisine, là où l’incendie s’était probablement déclaré. Le sol était là aussi carrelé de blanc, taché de fumée par endroits mais encore assez brillant pour conférer à la grande pièce une étrange luminescence. Elle resta immobile sur le seuil et examina la scène devant elle. Le plus grand des fourneaux était placé au centre de la pièce, et une rangée d’ustensiles brillants étaient suspendus au-dessus de lui, bloquant son champ de vision. Les plaisantins devaient se cacher de l’autre côté du fourneau ; c’était le seul refuge qu’offrait la cuisine.

En dépit de son anxiété, elle se souvint faiblement des jeux de cache-cache de son enfance. Le premier jeu que l’on apprenait, car le plus simple. Comme elle avait aimé être terrorisée par son père ; pourchassée et attrapée. Si seulement c’était lui qui se cachait là, se surprit-elle à penser, attendant de l’embrasser. Mais cela faisait longtemps que le cancer l’avait attrapé, par la gorge.

— Sheryl ? dit-elle. Je laisse tomber. Où es-tu ?