Chapters (30)
- Loco
- I La vérité
- II Enquête
- III Le rhapsode
- IV Nécropole
- V L’autre singe
- VI Des pieds d’argile
- La mort est une garce
- VII Routes difficiles
- VIII L’endroit de sa chute
- IX Contact
- X Soleil et ombre
- Ages sombres
- XI Le terrain de chasse
- XII En dessus et en dessous
- XIII L’enfant prophétique
- XIV Le Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XV Le prix à payer
- XVI Maintenant ou jamais
- XVII Délire
- XVIII La colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIX Un visage sans amis
- XX Pulsions
- XXI Ce désir-là
- XXII Le triomphe du Masque
- XXIII La traque
- XXIV Cabale
- XXV Reste avec moi
Elle ralentit l’allure et appela de nouveau, mais le bruit émis par le Baptiseur engloutit le son de sa voix, sans parler même, de celui d’une réponse. Arrivée jusque-là, il lui fallait aller de l’avant sans savoir si l’appel de Boone avait été ou non un avertissement.
Devant elle, le passage se transforma en pente — une pente assez raide. Elle fit halte une fois parvenue à son sommet et plissa les yeux pour scruter la lumière. C’était l’antre de Baphomet, sans aucun doute. Le vacarme qu’il produisait venait éroder les murs du corridor et faisait voler la poussière sur son visage. Ses yeux s’emplirent de larmes qui tentaient d’en chasser les grains, mais ceux-ci continuaient d’affluer. Assourdie par la voix, aveuglée par la poussière, elle vacilla sur le sommet de la pente, incapable d’avancer comme de reculer.
Soudain, le Baptiseur fit silence, les différents bruits expirèrent simultanément et complètement.
Le calme qui s’ensuivit était plus inquiétant que le vacarme qui avait précédé. Baphomet avait-il refermé sa bouche parce qu’il savait qu’un intrus s’approchait ? Elle retint son souille, redoutant d’émettre le moindre bruit.
En bas de cette pente se trouvait un lieu sacré, cela ne faisait aucun doute pour elle. Plusieurs années auparavant, elle avait visité les grandes cathédrales d’Europe avec sa mère, contemplé leurs vitraux et leurs autels, et elle n’avait rien ressenti qui approchât le sentiment de révélation imminente qui montait à présent en elle. Et jamais durant toute sa vie — que ce soit en état de rêve ou en état d’éveil — elle ne s’était sentie parcourue par autant d’impulsions contradictoires. Elle désirait passionnément fuir cet endroit — voulait l’oublier et le rejeter ; et pourtant, il l'appelait. Ce n’était pas la présence de Boone qui motivait cet appel, mais l’attirance du sacré, ou de l’impie, ou de l’union des deux ; et il était impossible d’y résister.
Ses larmes avaient à présent chassé la poussière de ses yeux. Elle n’avait plus aucune excuse pour rester là où elle était, sinon sa lâcheté. Elle descendit la pente. Trente mètres la séparaient de son but, mais elle n’avait parcouru que le tiers de cette distance lorsqu’une silhouette familière apparut en trébuchant en bas de la pente.
La dernière fois qu’elle avait vu Boone, c’était à la surface, lorsqu’il avait émergé des ténèbres pour affronter Decker. Durant les quelques secondes qui avaient précédé son évanouissement, elle l’avait découvert sous un jour nouveau, comme un homme qui avait complètement renoncé à la douleur et à la défaite. Il avait changé d’allure à présent. Il pouvait à peine se tenir debout.
Elle prononça son nom dans un murmure, et son nom s'amplifia à mesure qu’il progressait vers lui.
Il l’entendit et leva la tête pour la regarder. Même lors de ses pires moments, lorsqu’elle l’avait bercé et serré contre elle pour tenir ses terreurs à l’écart, elle n’avait jamais vu autant de détresse sur son visage. Les larmes coulaient de ses yeux en un flot ininterrompu et ses traits étaient si marqués par le chagrin qu’on aurait dit ceux d’un bébé.